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Chaque Musée des
Beaux-Arts de France détient probablement en son sein quelques trésors méconnus, que seuls les habitants de la région qui l'héberge ont la chance de connaître.
A Rennes, on citera "Effets de bleu", de Georges Lacombe ; à Nantes, la collection d'oeuvres de Kandinsky. A Nancy, les oeuvres qui frappent le plus sont probablement signées d'un peintre peu connu, naturaliste à une époque ou l'école de Nancy, d'obédience Art Nouveau, était à son zénith.
La peinture d'Émile Friant (1863-1932) frappe en effet par la précision de la touche, à tel point qu'on se rapproche de l'art de la photographie. Mais ce n'est pas tant cette performance technique qui frappe que la vérité des visages, des décors. En regardant telle ou telle oeuvre, on se demande si on n'aurait pas croisé, dans les rues de Nancy, l'arrière-petit-enfant du personnage peint.
Les sujets sont variés mais se veulent réalistes : des enfants en train de se battre, des amoureux sur un pont, la Toussaint à la sortie d'un cimetière.
Un écrivain maintenant nationalement connu, originaire de la région nancéenne, a consacré un bel ouvrage à ce peintre. Il s'agit de Philippe Claudel, notamment connu pour son roman se passant durant la Première Guerre Mondiale, Les âmes grises.
En quelques 70 pages, il fait résonner les oeuvres d'Émile Friant avec ses propres souvenirs d'enfance, lorsqu'il passait ses vacances chez sa grand-mère, éclusière à Dombasle (Meurthe-et-Moselle). De manière très sensible, il pénètre dans les tableaux , qui sont reproduits dans l'ouvrage, et leur donne vie, cherchant à discerner l'histoire qui se trame derrière cet "instanané peint". Il n'hésite pas également à chercher des signes de la vie de Friant de sa quête, mais aussi de ses errances, à travers ses oeuvres. Et à le lire, on se dit qu'on passe souvent bien trop rapidement devant les peintures, et qu'il faudrait prendre le temps d'essayer de deviner ce que se disent les personnage, ce qu'à voulu nous raconter le peintre...
Une vraie leçon de lecture d'image, consacrée à un peintre méconnu mais précieux.
A lire : Au revoir monsieur Friant, de Philippe Claude, éditions Nicolas Chaudun, 2006, 15 euros.
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