Pelléas et Mélisande. Le chant des aveugles, de Philippe Béziat

Publié le par François

L'opéra Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy, a une place à part dans le répertoire lyrique. Oeuvre qui ne connut jamais vraiment le succès, elle semble s'être construite contre tous les clichés et canons de l'opéra : absence de véritable "air" ou morceau de bravoure, que ce soit pour les chanteurs (qui en sont friands) ou pour l'orchestre, cet opéra laisse la part belle aux ambiances et couleurs... une ambiance de rêve ou de cauchemar éveillé, avec des personnages qui semblent "être agis" plutôt qu'ils ne sont acteurs de leur destin.
Debussy est allé chercher dans ses années de jeunesse l'oeuvre du symboliste Maurice Maeterlinck pour servir de livret à son opéra. Un auteur par trop oublié (il fut pourtant prix Nobel de littérature), qui construisit à la fin du XIXème siècle une oeuvre passionnante, en certains points préfiguratrice de l'"ère du doute" chère au Nouveau Roman ou à l'"incommunicabilité" chère à Antonioni.
Le film de Philippe Béziat est à la fois reportage, captation et oeuvre d'art. Il a suivi jusqu'à Moscou une troupe franco-russe, emmenée par Marc Minkowski à la baguette et Olivier Py à la mise en scène. Il faut dire que pendant longtemps Debussy a été ignoré par les Russes, et ces représentations de 2007 constituaient la création de l'oeuvre en Russie. On suit le long travail de mise en place avec l'orchestre, avec les chanteurs. Des chanteurs russes qui apprennent le texte en phonétique... et qui pour certains ont du mal à accepter ce "non-chant" de Debussy, loin du bel canto, cette froideur apparente de l'oeuvre, cette absence apparente de sentiments (alors que l'opéra évoque bien les sentiments les plus intenses).
Ce film capte au passage la réalité sociale russe, où les machinistes sont obligés de cumuler les petits boulots, où les chanteurs vivent dans de modestes petits appartements... mais il s'agit aussi d'une plongée au coeur du mystère de l'oeuvre de Debussy : à première vue le livret peu sembler d'une grande platitude, mais chez Maeterlinck, comme chez Debussy, le silence est aussi important que ce qui se dit ou se joue. Comme le dit Olivier Py, les personnages sont comme aveugles face à leur destin, et on est proche de la folie... Cette oeuvre, inscrite dans une sorte de Moyen-Age imaginaire nous renvoie aussi à tout un imaginaire de conte de fées qui, on le sait bien, plonge ses racines au plus profond des angoisses humaines... Le film de Philippe Béziat rend particulièrement bien, lors des captations, cette atmosphère oppressante, en mettant en valeur le travail sur les ombres, sur le clair obscur d'Olivier Py, le travail sur les nuances orchestrales et sur le respect de l'orchestration, sur le lien entre texte et musique de Marc Minkowski...

A voir : Pelléas et Mélisande. Le chant des aveugles, de Philippe Béziat

Pour aller plus loin :
- A écouter : Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy (direction Serge Baudo ou direction Claudio Abbado)
- A lire :
     - Pelléas et Mélisande, de Maurice Maeterlinck
     - Le trésor des humbles, de Maurice Maeterlinck

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Publié dans Cinéma

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