Dimanche 28 février 2010
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"Je voudrais que quelqu'un d'honnête m'expliquât
Cet ëvénement-ci, voilà ma fille morte!
Dire qu'un empereur vient avec une escorte,
Et que des gens nommés Farnèse, Spinola,
Malaspina, Cibo, font de ces choses-là,
Et qu'on se met à cent, à mille, avec ce prêtre,
Ces femmes, pour venir prendre un enfant en traître,
Et que l'enfant est là, mort, et que c'est un jeu;
C'est à se demander s'it est encore un Dieu,
Et si, demain, après de si làches désastres,
Quelqu'un osera faire encor lever les astres !"
C'est ainsi que s'exprime le marquis Fabrice d'Albenga, trahi par l'Empereur Ratbert, venu en sa bonne ville de Final non pas pour honorer la jeune Isora de Final, mais pour s'emparer du trésor
de la Cité, de manière sanglante.
Fabrice d'Albenga est un vieux chevalier de l'Italie du VIII
ème siècle qui a vu sa fille mourir et qui se console avec l'éducation de sa petite fille, jeune princesse de cinq ans qu'il
adore.
Nourri de sentiments chevaleresques, il ne croit pas les augures qui lui annoncent une catastrophe avec la venue de l'empereur Ratbert. Une fois piégé dans sa naïveté et sa confiance, il ne
cessera de maudire sa stupidité...
Pierre de Galzain clôt avec la mise en scène de ce texte de
La légende des Siècles, un
triptyque consacré au thème de "le pouvoir, brutalité et mascarade", qui résonne avec l'actualité quotidienne.
Dans un décor noir constitué de praticables, avec quelques projections vidéo, de belles lumières et dans de superbes costumes très épurés signés Claude Verneret, Pierre de Galzain se fait tour à
tour narrateur, acteur de ce drame, rentrant dans la peau de Fabrice et de Ratbert de manière magistrale, nous faisant vivre ce poème épique qu'on aurait cru d'un autre siècle.
Il y a du souffle, de la grandeur dans ce drame, et l'on vibre d'émotion lorsque le vieux Fabrice évoque sa fille injustement disparue, lorsque Victor Hugo décrit les oiseaux de mauvais augures
qui tournent autour de la ville, lorsque Ratbert, qui se prétend noble, montre son vrai visage, lorsque Fabrice comprend que "la vie à la mort s'est offerte".
La dramaturgie est soutenue par la musique de Eric Lemière, jouée live, sombre, tourmentée. Quelques cloches pour sonner le glas, des claviers synthétiques qui soutiennent le propos de manière
intelligente, sachant s'éclipser aux moments les plus cruciaux, notamment la longue tirade de Fabrice lorsqu'il comprends qu'il a été dupé et qu'il découve sa petite fille morte.
On ne peut pas ne pas évoquer ici la portée morale de l'oeuvre, car Victor Hugo, grand Humaniste, ne pouvait pas ne pas imaginer une fin empreinte de justice, fut-ce-t-elle céleste... à laquelle
on adhèrera ou pas !
Toujours est-il que Pierre de Galzain, Eric Lemière et le
Théâtre LésGensDe nous ont emmené pour une heure trente dans un
imaginaire puissant et auront sûrement donné envie aux spectateurs de cette création (à quand de prochaines représentations ?) de lire La
La légende des Siècles.
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