Partager l'article ! Concert "Les roses d'Ispahan", de l'Ensemble Doulce Mémoire, le 20/05/09, en l'église Saint-Crépin de Château-Thierry: Tout au long du moi ...
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Tout au long du mois de mai, le Festival Jean de la Fontaine propose de nombreux événements culturels : théâtre, opéra bouffe, danse, expositions, concerts. Placé
cette année sous le thème de la rencontre entre les cultures, notamment illustré par l'hommage à l'écrivain chinois Ba Jin, qui vécut un temps à Château-Thierry (j'y reviendrai), le festival
proposait le mercredi 20 mai dernier une rencontre entre la musique d'Italie du Nord des XVIème et XVIIème siècle et celles d'un orient plus proche, celui de la Perse
(l'actuel Iran).
L'Ensemble Doulce Mémoire proposait en effet un riche programme mêlant habilement les deux répertoires, cherchant à tisser des liens
entre ces deux traditions qu'au premier abord on pourrait imaginer comme totalement opposées. Côté musique italienne, nous avons pu entendre des oeuvres de Palerstrina, de Giulio Caccini, de
Vicenzo Galilei, de Cyprien de Rore et de Joan Dalza... Des oeuvres d'un style nouveau pour l'époque, puisque laissant la part belle aux parties instrumentales (les "passagi") ou vocales
(les "gorgia") improvisées, le but étant de rendre au mieux l'expressivité des paroles.
Tomas Kral, baryton tchèque à la voix chaude, a particulièrement brillé dans ce répertoire, soutenu par le sémillant Denis Raisin Dadre à la flûte et à la direction, par Pascale Boquet (luth et
théorbe), et Angélique Mauillon à la harpe triple.
La liaison avec la musique persone s'est fait par trois canaux : les percussions de Bruno Caillat (zarb, daf et tambourin), le târ de Nader Aghakhani et la voix de Taghi Akhbari. Bruno Caillat a
montré toutes la palettes des sons qu'on pouvait tirer d'un zarb (genre de djembé) dans un incroyable solo tout en nuances, vers la fin du concert ; Nader Aghakhani nous a époustouflé par sa
virtuosité sur un instrument qui pourtant, avec ses quatre cordes, ne paye pas de mine.
Mais c'est surtout la voix de Taghi Akhbari, sur des poèmes de Hafez, qui a retenu l'attention, avec son incroyable capacité à se projeter en avant, sa puissance phénoménale. C'est dans
ce domaine où l'on sent probablement le plus la différence entre les deux cultures : là où la culture européenne demande contrôle, mesure et retenue, la culture persane demande une grande
expressivité. Non pas que les chanteurs occidentaux soient inexpressifs, mais leur expression semble plus codifiée, cérébrale, alors que l'expressivité persane passe réellement par le corps.
Cette différence n'a pas empêché les deux chanteurs de se donner le relai de fort belle manière, et chacun a fait un pas vers l'autre, Taghi Akhbari n'hésitant pas à chanter quelques passages en
italien, et Tomas Kral se lançant dans une improvisation en fin de concert.
Ces musiques mêlées, mais aussi la complicité et la fantaisie des musiciens, leur simplicité nous ont permis de vivre une belle soirée remplie d'émotions et de douceur.
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